Dans un hebdomadaire américain a paru un article qui montre bien la voie à suivre. La réconciliation des Haïtiens et des Dominicains est en train de se réaliser y lit-on. L'union fait la forceIl nous donne l'espoir que les descendants des bossales et les descendants de créoles d'Haïti pourront s'entendre comme ils l'ont fait pour gagner leur guerre d'indépendance, et se réconcilier, une fois pour toute, pour le bien-être de leur pays.

L’auteur parle d’une histoire d’amour entre deux ennemies: Haïti et la République Dominicaine. Ces deux nations malgré le fait qu’elles partagent une même île, se sont toujours suspectées et détestées. Il a suffi d'un séisme pour changer tout cela. Le lendemain même de ce tremblement de terre, le gouvernement et le peuple dominicain ont réagi avec une telle magnanimité que l'on croirait qu'ils étaient aussi affectés que leur voisin, comme le fit Haïti lors de l'ouragan San Zenon qui dévasta Santo Domingo en 1930. Bien que les deux pays partagent une seule île, ils partagent également une histoire sanglante: construite sur la méfiance mutuelle et le ressentiment. Haïti a occupé la République dominicaine de 1822 jusqu'en 1844, une brève période marquée par la dictature brutale et des soulèvements violents. Les Dominicains ont hébergé chez eux un profond sentiment anti-haïtien longtemps après avoir obtenu leur indépendance. En 1937, par exemple, des milliers d’Haïtiens vivant le long de la frontière dominicaine ont été massacrés par les forces armées du dictateur Trujillo.

Après des siècles de rancune, un tremblement de terre est arrivé à faire des amis de ces voisins. Avant le séisme, la violence anti-haïtienne avait atteint son paroxysme:

L'union faiti la forceles migrants haïtiens étaient régulièrement lynchés, brûlés, décapités, d’après le rédacteur de Newsweek. Mais dans la foulée de cette tragédie, les Dominicains ont réagi promptement et avec une grande charité envers leurs voisins. Ils ont rapidement ouvert leurs frontières aux Haïtiens qui en avaient besoin et ont prodigué des soins médicaux, arrêté la déportation de milliers d'immigrants haïtiens illégaux, et envoyé des millions de dollars d'urgence, des fournitures, du matériel lourd et une armée de bénévoles pour aider leurs frères quiskeyens à sortir vivants des décombres.

Pendant ce temps, la violence, à l'intérieur de la République Dominicaine contre les migrants haïtiens, a connu une halte. Il n'y a eu aucun rapport d'attaques violentes depuis le tremblement de terre et à presque tous les niveaux le gouvernement dominicain tend la main à ses homologues haïtiens.

Le tremblement de terre a suscité plus que les secours pour le sauvetage d'Haïti et les efforts de sa reconstruction, il va remodeler l’histoire de ces deux nations. Les ultranationalistes ne peuvent plus utiliser le mythe de l'invasion d'Haïti pour attiser les sentiments nationalistes.

L'union fait la forceIl s’est agi d'une occasion sans précédent pour changer le cours de l'histoire.

Du côté haïtien, la gratitude pour toutes ces ouvertures est mélangée d’une méfiance persistante à propos des sentiments xénophobes. C'est génial que les lynchages et les décapitations aient cessé, mais il est trop tôt pour dire si ce changement sera durable. Cependant, si Saint-Domingue peut étancher sa méfiance innée envers Haïti, ceci pourrait être le début d'une belle amitié.

Si les cousins ennemis, dominicains et haïtiens, arrivent à surmonter leurs problèmes et se rendent compte qu’ils n’étaient pas si différents, les demi-frères Bossales et Créoles ont aussi une chance de former ensemble la République d’Haïti, une et indivisible. Mais ils devraient d’abord renoncer à être la diaspora d’un autre continent, Europe ou Afrique, pour intégrer le sous-continent latino-américain auquel ils appartiennent de plein droit.

Sinon il restera à ces deux peuples, le choix de créer deux républiques indépendantes l'une de l'autre, et ainsi vivre finalement en paix et peut-être à l'avenir ces trois républiques formeront la grande République fédérale de Quiskeya.

L'union fait la forceUtopie? On verra bien!

Disons plutôt avec Leslie Péan:

« Le temps de l’écriture des unions imprévisibles frappe à la porte. C’est d’ailleurs d’une telle union imprévisible des nouveaux et des anciens libres, des cultivateurs et des propriétaires, de Dessalines et de Pétion qu’est née l’Haïti de 1804.»