Dès le début de sa création, la nation se scinda en deux. Au Nord, le fabuleux Henri Christophe qui se fit roi instaura une aristocratie. Le roi Henri Christophe

Il commencera son règne par de grands travaux comme la citadelle Laférière, le palais de Sans Soucis et d’autres monuments qui figurent parmi les plus grandes réalisations architecturales de la race noire.

Mais ce roi bâtisseur était aussi connu pour sa férocité. Une fois, il surprit au loin un de ses sujets en train de dormir à l’ombre d’une chaumière, il fit charger un canon, visa la cabane et le pauvre vola en éclat ne faisant qu’un avec la hutte. Cette cruauté faisait dire à la population que le fouet qui rosse le chien blanc battra aussi le chien noir. Il ne saurait si bien dire, puisque plus tard, en 1820, le Duc de Marmelade soulèvera le peuple et le roi finira par se tuer d’une balle. Même en or la balle atteignit son but et le dictateur mourut.

Des 1817 Christophe commençait à sentir le poids des ans. Son fils Victor, qui portait le titre de Prince Royal, ne lui ressemblait que par ce qu’il avait de pire chez lui.

La citadelleIl possédait la férocité du père ainsi que ses manières frustes, sans avoir toutefois ses talents de commandant. Tout le monde savait que ce prince aurait les plus grandes difficultés à maintenir le pouvoir après la mort du roi. Très peu d’autres membres de la famille se distinguaient par leurs talents. Mais parmi les ministres, il y en avait qui possédaient toutes les qualités pour mener d’ambitieuses entreprises. Ils étaient munis du profond désir de se servir à leur tour.

Le Duc de Marmelade, Grand maître de Cérémonies et le préféré de Christophe, le Comte de Limonade, Ministre des Affaires Étrangères, le Comte Chocolat, Ministre de l'Instruction Publique, un féru de littératures anglaise et française, étaient tous des hommes habiles, instruits et bien informés. Il y avait aussi un personnage avec lequel il fallait compter en cas de révolution, c’était le Comte Evidaul, Ministre de la guerre. Il ne payait pas de mine physiquement, mais il détenait une force de caractère énergique, et était de plus aussi brutal que féroce. Il était cependant l’idole de l’armée et exerçait sur elle une grande influence.

Enfin, se distinguait parmi les collaborateurs du roi, son Premier ministre le Baron Dupuy, un noir bien avisé.

Le roi Henri ChristopheChristophe avait fait établir des écoles de type lancastérienne à travers son royaume dont l’une d’elles comptait 150 étudiants, tous fils de nobles et d’officiers supérieurs de l’armée. Le roi tenait à voir son entourage doté de la plus belle éducation quoique qu’il ait été l’un des Princes les plus despotiques de son époque. Chaque individu était le servant du roi qui l’utilisait selon les circonstances.

À la mort de son frère, le prince Jean, il décréta un deuil de 21 jours et fit tirer le canon chaque demi-heure. Après le deuil, il exigea de la veuve, 4 dollars par livre de poudre à canon utilisée.

Sous la direction de Christophe tout était militarisé et tout ce beau monde entourait le roi, dans son fief du palais de Sans Soucis. Parfois ils se réunissaient à la Citadelle qui n’était pas trop loin. Cette fortification immense dotée de centaines de canons lui servirait de retraite en cas d'invasion ou de guerre civile. À cette époque, la ville du Cap était, comme la guerre de l'indépendance l'avait laissée, presque totalement en ruine. Cependant, le port, quoique difficile d'accès, était bien entretenu.
(Extrait de “Les Cousins de l’ile Quiskeya »)

La fin du roi Christophe

Le 8 octobre 1820, le roi rassembla les officiers faisant partie de sa garde personnelle. Il leur offrit de l’argent et le droit de piller la ville du Cap. Ils refusèrent en bloc. Se trouvant totalement abandonné, Henri Christophe s'enferma dans sa chambre et se tira une balle au cœur.

La reine et les membres de sa famille firent transporter son corps à la citadelle où il fut inhumé dans le plus grand secret. Cette citadelle, protégée par 300 grands canons, est considérée comme l'une des plus fantastiques au monde.

Le roi Henri était si détesté qu’on ne pouvait pas trouver un menuisier pour lui fabriquer un cercueil. Son corps était à peine sorti du palais de Sans Soucis que les soldats y entrèrent et en 2 heures procédèrent au pillage. Ils volèrent pour plus d'un million de dollars de bijoux, d'argenteries et de liquidités.

Les portes des prisons furent ouvertes et plus de 4,000 pauvres diables furent libérés. Selon des témoins, il serait pénible de les décrire tant leur apparence était misérable. Certains avaient le dos brisé par les nombreuses bastonnades et resteraient infirmes toutes leurs vies.

Ses crimes et cruautés étonnèrent le monde quand ils furent connus. Même le Dey d’Alger ne fut pas si méchant disaient ses détracteurs. Il paraît que l'un de ses derniers ordres fut d'assassiner tous les blancs et tous les mulâtres. Le roi leur attribuait toutes les dernières commotions.

À l'arrivée de Boyer les soldats du royaume reçurent un double salaire et pouvaient jouir de leur entière liberté. On découvrit 40 millions de dollars dans la citadelle et cet argent fut mis très vite en circulation. Pas moins de 15,000 soldats qui depuis 15 ans étaient confinés dans les casernes pouvaient désormais travailler à leurs comptes. Comme nul peuple au monde ne s’acharnait autant au travail de la terre que le peuple haïtien, il était estimé, lors, que le pays ferait un bond en avant.

Cela faisait quand même de la peine d'apprendre que la reine, les princes et les princesses n'avaient rien pu sauver, à l'exception de ce qu'ils portaient sur eux. Les officiers restés jusqu’à la fin au service du roi ne pourraient que difficilement survivre.