Neuf mois après l’arrivée au pouvoir de Michel Martelly, le processus d’installation d’un gouvernement est relancé avec la démission de Garry Conille, resté premier ministre durant seulement quatre mois.

Garry Conille, au terme d’un bras de fer assez cocasse avec son propre cabinet en rébellion contre lui, a démissionné ce 24 février. Avant son arrivée à la primature, le vide gouvernemental avait duré cinq mois.

Conille le mauvais élève ?

Un malaise entre Michel Martelly et le médecin serait à l’ origine de la rupture. Les deux hommes ne s’entendaient pas, indique une source à AlterPresse.

Récemment Garry Conille a rompu les rangs en allant déposer ses documents de voyage devant la commission d’enquête du Senat alors que les autres ministres avaient signé un document les engageant à ne pas le faire, suivant ainsi l’exemple de Martelly.

La démission de Garry Conille intervient moins de vingt-quatre heures après que ministres et secrétaires d’Etat sont allés déposer leurs passeports devant la commission. Conille était lui menacé d’interpellation, selon les propos d’un parlementaire proche du président. Une interpellation qui aurait pu aboutir à sa destitution.

Nouveau cycle d’incertitudes

Michel Martelly doit désormais désigner un nouveau prétendant qui doit d’abord obtenir l’approbation des deux chambres du parlement de façon séparée. Une fois ratifié, ce premier ministre doit élaborer sa politique générale et la présenter au Senat et à la chambre de députés qui auront à se prononcer toujours séparément.

Or avant Conille, il y a eu Daniel Gérard Rouzier et Bernard Gousse, tous deux rejetés par le parlement. Et le processus de choix de Garry Conille a lui aussi été long, avant d’aboutir à la crise Arnel Belizaire, un député arrêté sans considération de son immunité parlementaire.

Aujourd’hui, le chef de l’Etat s’est-il constitué une majorité confortable côté législatif pour espérer avoir rapidement un nouveau premier ministre ? Combien de temps ce vide gouvernemental va-t-il durer ?

Quoi qu’il en soit Garry Conille devrait rester en poste pour liquider les affaires courantes jusqu’à l’arrivée de son successeur.

C’est pour la troisième fois depuis la fin de la dictature des Duvalier qu’un premier ministre jette l’éponge. Avant Garry Conille, Robert Malval premier ministre (août-novembre 1993) de Jean Bertrand Aristide et Rosny Smarth premier ministre (février 1996-juin 1997) de René Préval ont eux aussi démissionné.

Pour sa part Rosny Smarth excédé devant le temps pris pour installer son remplaçant avait renoncé à liquider les affaires courantes.

Par ailleurs, mises à part les incertitudes liées au choix du premier ministre d’autres questions demeurent. Garry Conille avait lancé un audit sur la gestion du gouvernement précédent dirigé par Jean Max Bellerive, dont le nom circule comme son successeur. De plus, tous les membres de l’exécutif, incluant le président Martelly sont sous enquête sénatoriale concernant leur nationalité.

La suite semble dépendre du parlement alors qu’un tiers du Senat avance vers le terme de son mandat prévu pour mai prochain. Si les élections n’ont pas lieu d’ici là, Michel Martelly pourrait se retrouver seul maitre à bord.