L’université Quisqueya et la société haïtienne d’Histoire et de Géographie ont organisé durant trois jours ( du 15 au 17 décembre), un colloque autour de la pensé d’Anténor Firmin. Cent ans après la mort du penseur, c’est un hommage plus que mérité qui a été fait à l’auteur de « De l’égalité des races humaines ». 

A travers ce colloque intitulé « Anténor Firmin, cent ans plus tard », les organisateurs se font un devoir de mémoire envers celui qui a été considéré, et ceci à juste titre, comme étant le dernier rempart de la liberté des hommes de couleur contre l’arbitraire et l’hégémonie occidentale. Les participants ont pu se replonger dans les œuvres d’une des plus grandes figures littéraires haïtiennes. Diverses facettes de la vie et de l’œuvre de l’auteur ont été passées au crible. 

Cette activité lance également, la commémoration des 100 ans de la mort de l’anthropologue. Avec cette initiative, les organisateurs tenteront de restituer à la jeunesse, l’héritage intellectuel de Firmin. Cette pensée est aujourd’hui plus vivante que jamais. Elle continue d’influencer, nombre d’intellectuels. Le droit, l’économie, la diplomatie et autres champs scientifiques sont fortement imprégnés des idées de ce penseur démocrate libéral et futuriste. 

Sa lutte contre l’exclusion et l’oppression lui ont valu un hommage bien mérité, de la part de son homologue cubain José Marti, qui suite à une rencontre avec lui disait : « je viens de rencontrer un grand Haïtien.» 

Sa sensibilité pour la grande masse défavorisée et son désir démocratique lui vaut une place de choix dans l’histoire du pays. Se dressant contre l’autoritarisme en prônant les valeurs démocratiques, Firmin était déjà en avance sur son temps. Il avait même prédit, à travers ses analyses structurelles et conjoncturelles, l’occupation américaine. « Si nous n’essayons pas d’entrée dans le chemin de la démocratie…si nous persistons dans l’autoritarisme, ce pays passera sous l’occupation étrangère », disait-il, rapporte Cary Hector, le coordonnateur scientifique du colloque. 

Dans un contexte d’après séisme où le peuple haïtien a perdu tous ses repères, des valeurs comme le patriotisme, l’intégrité et la citoyenneté sont à récupérer pour conserver notre identité dans le concert des nations. Dans la reconstruction de l’homme haïtien, la pensée firministe, estime le professeur Hector, est un atout important. 

« Firmin n’est pas dépassé » disait Lesly Péant dans un article. Selon M. Hector, on ne peut pas appliquer la pensée de Firmin telle qu’elle fut, mais comme on le fait dans d’autres pays, on peut se baser sur son œuvre pour mieux aborder l’avenir en mettant un accent particulier sur les valeurs qu’il prônait jadis. 

« Notre avenir dépend de nous », nous ne pouvons compter que sur nous commente M. Hector, soulignant toutefois que nous ne pouvons pas vivre en autarcie. Cependant, on peut négocier avec les autres nations en conservant notre identité de peuple, insiste-il. 

Aujourd’hui encore l’œuvre de Firmin fait objet de débats dans les plus grandes universités et les grands cercles intellectuels. Son grand projet : « la confédération antillaise », c'est-à-dire une grande caraïbe unifiée passionne. Les cubains ont déjà organisé diverses activités (conférences, atelier…) autour de ce thème. 

Pour faire suite au colloque, et pérenniser les résultats de ces deux journées, un travail d’éducation devra être fait, afin d’inculquer aux jeunes le sens des valeurs comme la fraternité, le patriotisme et autres, soutient Cary Hector. En terme d’attente, les organisateurs entendent arriver à faire prendre conscience à un large public, que Firmin est un héritage national et international, et qu’il mérite d’être honoré et sa pensée étudiée.
Lionel Edouard 
doulion29@yahoo.fr