Comment les églises sont-elles administrées?
Raymond Lacombe

De nos jours, le mot ″église″ est galvaudé dans toutes les sauces. En effet, on parle d’église comme s’il s’agit d’une entreprise, d’un commerce. À la question d’un animateur de radio qui demandait à un pasteur "comment expliquer que la communauté évangélique haïtienne de Montréal compte plus d’une centaine d’églises", celui-ci répondit, en substance, qu’il n’y voit pas un problème particulier parce qu’il y a des pharmacies Jean Coutu et Pharmaprix presque dans tous les coins de rue. Cette façon de considérer l’église amène certains dirigeants à l’administrer comme s’il s’agit d’un bien, de leur bien.

Dans un sondage1 mené auprès des lecteurs du journal Le Monde Évangélique, 93% des répondants estiment que les églises sont mal administrées. De plus, 87% des participants disent qu’il devrait avoir une autorité hiérarchique pour encadrer le travail des pasteurs.

Qu’est-ce qui fait problème dans l’administration des églises ?

Tout d’abord, il est nécessaire de préciser que ce ne sont pas toutes les églises qui sont mal administrées. Il faut également dire que ce sont particulièrement dans les églises baptistes qu’il y a des problèmes qui sont étalés sur la place publique. Quelles en sont les causes ?

La structure

Lorsqu’on fait la synthèse des structures dans lesquelles les adventistes et les Témoins de Jéhovah, par exemple, sont intégrés, on comprend pourquoi on n’assiste pas aux mêmes dérives qui ont cours chez les baptistes d’ici et on s’explique facilement le succès qu’ils connaissent au niveau mondial.

Les adventistes par exemple sont organisés selon un modèle fédératif, centralisé et démocratique. Leur structure comprend cinq niveaux :
1. L’église locale réunit en une seule assemblée un certain nombre de fidèles;
2. La Fédération ou Mission regroupe les églises d’une région donnée;
3. L’Union coordonne le travail des Fédérations;
4. La Division regroupe les Unions d’un vaste territoire et forme une section de la conférence générale;
5. La Conférence générale est l’organe central et supérieur de l’église; sa fonction est de coordonner les activités des Divisions.

Les Témoins de Jéhovah ont une structure très hiérarchisée, destinée à maintenir l’unité de l’organisation et permettant une surveillance étroite à tous les échelons. Elle comprend six niveaux :
1. La congrégation, cellule de base, qui dispose d’un territoire géographique précis, d’une salle de réunions appelée Salle du Royaume;
2. La circonscription qui organise des rassemblements deux fois par an ; le surveillant de circonscription visite régulièrement les congrégations;
3. Le district, réunissant une assemblée une fois par an; un surveillant de district visite régulièrement les circonscriptions;
4. La filiale, correspondant en général à un pays, est dirigée par un comité de filiale de trois anciens désignés par le Collège central;
5. La zone (souvent un continent) rassemblant plusieurs filiales;
6. La direction mondiale : Le Collège central dirige le fonctionnement, l'enseignement, les nominations des responsables : tout part de lui qui « fait connaître » les décisions de Jéhovah et toute information remonte jusqu'à lui.

Les baptistes sont divisés en cinq groupes au Canada seulement :
1. La Fédération baptiste canadienne ;
2. Fellowship of Evangelical Baptists;
3. North American Baptists;
4. General conference of Baptists;
5. L’Église baptiste du Sud du Canada.

Les églises baptistes (à Montréal) ne sont intégrées dans aucune structure. La très grande majorité d’entre elles sont, certes, affiliées à des missions, mais elles demeurent des congrégations indépendantes. Les pasteurs n’ont pratiquement pas de compte à rendre de leur gestion. De plus, ils sont inamovibles par le fait qu’ils se déclarent les fondateurs des églises. Ce qui explique qu’ils se permettent, parfois, des comportements qui ne sont pas sanctionnés par les missions qui reconnaissent une autonomie entière aux églises.

Toutefois, selon la structure des regroupements des églises baptistes, le pasteur est à la tête de la congrégation, mais ce sont les laïcs et les diacres qui sont responsables des affaires générales et de la direction des comités de l’église.

Fonctionnement interne

Le fonctionnement administratif de certaines églises est déficient parce qu’il est assujetti aux quatre volontés des pasteurs. Dans la plupart d’entre elles, même si officiellement il y a un conseil exécutif, communément appelé le comité de l’église, dans les faits, ce sont les pasteurs qui dirigent.

Il y a beaucoup de témoignages qui indiquent que, même lorsque le conseil décide majoritairement, le pasteur peut alors décider d’agir à sa guise. Dans beaucoup d’églises, le comité n’a aucun poids. Cette situation s’explique par le fait que les tâches des uns et des autres ne sont pas clairement définies.

Le pasteur a des tâches bien précises dans l’église et a le devoir de bien faire son travail. Il a besoin de temps pour préparer ses sermons, pour faire des recherches, pour donner de l’aide pastorale, donc il ne doit pas s’investir dans toutes les facettes de l’administration de l’église. Ce n’est pas au pasteur de signer des chèques, de s’occuper du bâtiment, de payer des factures. C’est le travail du comité des finances.

Les membres des divers comités doivent jouir de toute la latitude pour exercer leurs fonctions. Ils sont choisis par les membres de l’église et ne doivent répondre de leur gestion qu’aux commettants. Voilà pourquoi il est nécessaire de bien séparer la gestion administrative de l’église de celle dite spirituelle, la première étant de la responsabilité du conseil exécutif et la deuxième, du pasteur.

Un autre aspect concerne le choix des membres des différents comités. Il y a un manque de rigueur évident lors de cet exercice. Souvent, c’est au cours de l’assemblée qu’on suggère des gens. On oublie que ces membres sont appelés à exercer des ministères dans l’œuvre du Seigneur et que par conséquent, ils ne peuvent pas faire l’objet de choix par sentimentalité ou par amitié. D’où la nécessité d’établir un processus qui doit conduire à l’élection de ses membres.

D’abord, il devrait avoir un comité de nomination qui fixerait une période de mise en candidature et qui étudierait par la suite le dossier des candidats. Ce comité aurait le pouvoir, selon des critères bien définis, de rejeter ou d’accepter les candidatures. Puis à l’assemblée des membres, on procéderait au vote, par acclamation si le nombre de candidats correspond exactement à celui des postes à combler, ou par votre secret si le nombre de candidats est supérieur à celui des postes à pourvoir.

Les membres élus devraient être ordonnés par l’église, car ils sont appelés à un ministère dans l’œuvre du Seigneur. Tout en ayant de la considération pour le pasteur, ces membres devraient exercer leur travail au mieux de leur connaissance et compétence en ayant à l’esprit qu’ils devront rendre compte à Dieu d’abord et à l’église ensuite.

L’administration de l’église n’est pas une simple affaire de gestion. C’est un privilège, une grâce que Dieu accorde à ceux qui sont appelés dans le travail. Il importe à chacun de s’acquitter de ses tâches avec sérieux de façon à ne pas avoir à rougir lorsqu’il devra rendre compte au Seigneur. L’apôtre Paul nous exhorte d’ailleurs en ces termes : «Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l’œuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.» (1 Corinthiens 15 : 58)

En terminant, je crois que la hiérarchisation des églises baptistes2 serait une très bonne avenue qui permettrait à la communauté évangélique haïtienne de maximiser les ressources humaines et financières dont elle dispose pour un meilleur développement de ses membres (en particulier, des jeunes).

Les adventistes, grâce à leur structure, disposent de 99 Universités, 1198 écoles secondaires, 4407 écoles primaires, 166 hôpitaux et 395 dispensaires. Presque tous les pasteurs adventistes sont formés dans les Universités adventistes

La MEBSH (Mission Évangélique Du Sud d’Haïti) qui a son siège social aux Cayes, dispose d’une organisation bien structurée. Elle est un modèle dont la centaine d’églises d’ici pourrait s’inspirer. Avec de maigres moyens financiers, elle a constitué un patrimoine de 487 églises, 325 écoles (22 secondaires), 4 écoles de métiers, 1 université, 1 école d’infirmières, 1 école normale d’instituteurs, 1 séminaire, 1 Hôpital avec les services d’urgence, de chirurgie, de pédiatrie, de maternité, 1 centre de santé avec plus de trente lits, des médecins permanents, une station de radio (radio lumière), une station de télévision (télé lumière) et des Centres communautaires.

La CBH (Convention Baptiste D’Haïti) qui a son siège social au Cap-Haïtien dispose d’une structure hiérarchisée. Elle dirige 110 églises, 2 hôpitaux, 1 centre d’ophtalmologie, 70 écoles, des centres professionnels, et une Université (l’université chrétienne du Nord d’Haïti).

Qu’avons-nous à Montréal ? Plus d’une centaine d’églises ; autant sinon plus de pasteurs ! Et puis…

À bon entendeur, salut !